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histoire ci-dessous

*** Les Fées De La Butte Noire ***
Si vous demandez aux vieux du pays comment se nomme la partie du
bois de Baron située au sud du moulin du même nom, ils vous
répondront: la Butte Noire. C'est ainsi qu'elle est connue depuis
toujours. Autrefois, les arbres qui la recouvraient, étaient si
nombreux, si serrés les uns contre les autres qu'il faisait toujours
sombre sous leur épaisse frondaison. C'est sans doute pour cette
raison qu'elle a pris et conservé ce nom.
Les fées en avaient fait leur demeure. C'est là qu'elles passaient
la plus grande partie de leur temps. Elles n'en sortaient qu'à la
tombée de la nuit pour aller quérir de l'eau à la fontaine de la
butte - une fontaine située en contrebas, au-dessus du ruisseau
écoulant le trop-plein de l'étang - et prendre leur bain. Elles
s'asseyaient ensuite près de la source et faisaient entendre leur
joyeux babil tard dans la nuit, à moins d'être dérangées par des
importuns.
Elles n'aimaient pas les soirs de pleine lune, car souvent elles
étaient obligées de rentrer chez elles plus rapidement qu'elles ne
l'auraient souhaité. Ce n'était pas la meunière, toujours pressée,
venant chercher de l'eau à la fontaine pour sa soupe, qui les
dérangeait. Elle ne les remarquait même pas. Mais plutôt les paysans
attendant leur tour pour moudre leurs pochées au moulin de Baron.
Ils connaissaient bien la fontaine et profitaient de ces claires
soirées pour les observer.
Ils étaient souvent plusieurs debout à la porte du moulin, causant
de tout et de rien, vidant les nombreuses bolées de cidre que le
meunier leur faisait servir pour calmer leur impatience. C'est ainsi
que les conversations s'animaient et s'orientaient invariablement
sur les fées de la Butte Noire.
De la digue de l'étang où ils se trouvaient, au-dessus de la roue du
moulin, ils n'avaient d'yeux que pour la fontaine de la butte et les
fées occupées à prendre leur bain. Ils étaient en admiration devant
la beauté de ces corps gracieux et souples se baissant et se
relevant au rythme des mouvements que commandait leur toilette.
Ils étaient si intéressés dans leur contemplation qu'il leur
arrivait d'être surpris par la brusque ouverture de la porte du
moulin et la grosse voix du meunier.
- À qui le tour ? criait ce dernier. Vous êtes encore à embêter les
fées ? Laissez-les donc tranquilles !. Les paysans baissaient alors
la tête comme s'ils se sentaient en faute et rentraient sans mot
dire leurs pochées au moulin.
Mais souvent aussi les paysans quittaient la digue de l'étang et
tentaient de s'approcher au plus près de la fontaine pour mieux voir
les fées. Ils avançaient à pas de loup en se baissant, mais ne
perdant pas un seul instant des yeux le spectacle de ces femmes au
bain. C'est alors que leur progression était soudain interrompue par
un plouf retentissant. L'homme de tête n'avait pas vu à temps le
ruisseau le séparant de la fontaine et était tombé dans l'eau. À ce
bruit les fées ramassaient vite leurs vêtements et disparaissaient
dans la nuit en direction de la Butte Noire, poussant de grands cris
que l'écho répétait à n'en plus finir.
Quant au baigneur forcé, l'action rafraîchissante de l'eau l'aidait
à retrouver ses esprits. Il ne lui restait plus qu'à regagner la
porte du moulin sous les quolibets de ses amis

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